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Étape 1 : Banyuls - Col de l'Ouillat

"Tramontane"

ARP Banyuls
Prêt, feu, go !

Ça y est, c'est le grand jour ! Il est temps de s'élancer à l'assaut de la chaîne. Après une nuit à l'Hôtel Canal de Banyuls-sur-mer, je laisse mon compagnon repartir pour Toulouse et pars avec environ 13 kg sur mon dos (estimation), soit environ 30% de mon poids ! La tramontane est puissante aujourd'hui, cela risque d'être pénible sur les crêtes. En montant à travers les vignes, je découvre peu à peu les paysages de basse montagne typiquement méditerranéens, avec les arbres et les oiseaux qui leur sont associés... C'est ainsi que, parmi les chênes verts, je fais ma première observation de pie-grièche grise ! La passionnée d'ornithologie que je suis est ravie. Puis rapidement la vue se dégage sur la mer, et on aperçoit Banyuls au loin.

Panneau du GR10 à BanyulsRace albère et vue sur Banyuls



La mer depuis la crête
La mer depuis les hauteurs...

En prenant de l'altitude, je me fais chahuter violemment par les rafales de vent. Je manque même de chuter en arrière sur un rocher! Le col des Gascons est particulièrement éprouvant à parcourir. 
Je croise pas mal de randonneurs, et un troupeau de jolies vaches dont je ne connaissais pas la race : il s'agit de l'albère, du nom du massif que je suis en train de parcourir, mais également appelée massanenque côté français. Une race très locale donc, les effectifs sont estimés à environ 200 têtes !
J'arrive au Coll del Pal à 12h30. Postée derrière un grand buisson, je parviens à pique-niquer à l'abri du vent. En plaine, côté français, j'aperçois un incendie, attisé par cette satanée tramontane...
En marchant, je me dis que ce que je viens de parcourir ne représente qu'une infime partie du long voyage qui m'attend. J'ai beau avoir maintenant un pied dedans, cette aventure me semble encore bien irréelle.
La crête frontière dans les Albères
La crête frontière qu'il faut parcourir
Il faut poursuivre sur la crête frontière, en plein vent, mais avec la plus belle vue possible... 
Un passage dans une belle hêtraie du massif de l'Albère permet de changer un peu de décor et de moins subir le vent.
Une dernière grimpette au Pic Neulos, une dernière descente le long de la frontière puis en forêt, et me voilà arrivée !
A la fin, je n'ai pas vu le temps passer et pourtant... J'ai marché 8h30 aujourd'hui ! J'ai seulement eu mal aux pieds durant les deux dernières heures. Je suis donc soulagée en arrivant au chalet de l'Albère, où l'accueil est chaleureux. Je rencontre un randonneur qui termine sa traversée, et qui est très content de me donner le surplus de ses paniers pique-nique ! Il me souhaite autant de chance que lui dans ma traversée qui commence...

Étape 2 : Col de l'Ouillat - Las Illas

"Détour imprévu"



Patrimoine catalan avant le Perthus
Au col de la Comtessa
Après ma première nuit en refuge, très confortable, je réalise avec soulagement que j'ai déjà récupéré de la veille, mes membres ne sont pas endoloris. 
Simplement des zones d'appui du sac à dos un peu douloureuses. 
Me voilà donc motivée et optimiste au possible !
Je reprends donc ma route en commençant par une descente par un joli sentier dans la forêt de châtaigniers. 


Canigou
Le massif du Canigou apparaît !
Je croise un randonneur en arrivant en bas, ce sera le seul de la journée, en dehors du passage au Perthus. Je suis pourtant sur le GR10 pour le moment, puisque la HRP y passe au début de la chaîne...

Au Perthus donc, un bref retour à la civilisation, j'en profite pour acheter un sandwich et repars dans la chaleur. Les températures ne sont ni caniculaires ni exceptionnelles mais je me trouve à basse altitude (280m) et nous sommes le 3 juillet...




Ruines de panissars au-dessus du Perthus
Redoute de Panissars
Je constate avec amertume qu'aujourd'hui, c'est après 2h de marche seulement que mes pieds deviennent douloureux... Pas d'ampoules mais une sensation d'écrasement de la plante très pénible. Le sentier laisse place à une piste qui monte doucement. J'ai chaud et constamment soif, et il n'y a aucun point de vue ici pour me motiver.
Un pick-up arrive à ma hauteur et deux hommes qui semblent être des employés de la commune, ou quelque chose du genre, me demandent si je vais bien et si je veux qu'ils m'avancent. Je vais quand même relativement bien et ne veux surtout pas "tricher", qui plus est durant une étape si facile ! Je les remercie donc et repars en serrant les dents.






Aux alentours du Perthus
Ruines de Panissars et Fort de Bellegarde
Le temps passe et je ne comprends pas pourquoi je ne suis toujours pas arrivée à Las Illas. Le livre mentionne un raccourci que j'ai dû rater, puisque je suis restée sur le GR. Me voilà donc sur le bitume, assoiffée (mes réserves s'étant épuisées) épuisée et souffrant des pieds. Mais la carte indique que je devrais être plus proche, même en étant restée sur le GR10. En fait, j'apprendrai plus tard que 2 km se sont ajoutés au tracé initial du GR, car une propriétaire l'a fait détourner. "Merci", sorcière va... Je me résous à faire du stop et ne trouve un chauffeur qu'à 300m de mon arrivée. Dure journée ! Je rencontre alors une traileuse de mon âge qui fait la traversée en faisant 2 étapes d'un coup. Et son sac n'est pas si léger (9-10 kg selon elle). Je suis impressionnée.

Étape 3 : Las Illas - Amélie-les-Bains

"Parcours ombragé"



HRP salinas
En marchant côté espagnol
Je repars du gîte de l'hôtel des Trabucayres, où j'ai cuisiné et dormi seule. Le sentier monte en forêt plein sud, et va me mener pendant un moment versant nord, en Espagne. J'ai donc quitté brièvement le GR10 pour suivre la HRP seule. Je trouve avec étonnement une piste bétonnée, qui monte doucement pour arriver dans une pineraie sylvestre, qui ressemble plus aux lieux où j'ai l'habitude de randonner. Cela fait déjà plus "montagnard". J'arrive ensuite à l'ermitage des Salinas, où une jolie fontaine me permet de me ravitailler en eau. J'aperçois un maçon qui s'affaire autour de l'ermitage, c'est la première personne que je croise aujourd'hui ! Le début de l'itinéraire est très peu fréquenté.


Fontaine HRP Salinas
La fontaine de l'ermitage
La forêt continue et j'avale assez rapidement tout le dénivelé. Je recroise le GR10 au col du puits de la neige (de nombreux puits à neige étaient autrefois utilisés dans la région, pour la fabrication de pains de glace à redescendre en plaine). C'est une grande intersection entre un PR, le GR10 et la HRP qui restent séparés. Je dois suivre de près la crête frontière et le balisage jaune. Au début, il est doublé du balisage rouge et blanc du GR, mais je ne vois bientôt plus que celui du GR. Dans les arbres, j'ai manqué la séparation des deux sentiers et laissé la HRP partir quelque part au-dessus de moi.

GR10 Roc Frausa
Hêtre fendu sur le GR10
Je continue donc dans la hêtraie, en espérant pouvoir quand même accéder au Roc Frausa (ou Roc de France). J'y trouve un hêtre complètement fendu à sa base, juste au bord du chemin. Je finis par retrouver la deuxième intersection GR10/HRP, que j'aurais dû rejoindre depuis la HRP, après le Roc Frausa. Je décide de repartir en arrière sur la HRP cette fois-ci, pour atteindre ce pic. Je manque à nouveau l'intersection et vais trop loin sur le GR10. Décidément... J'ai au moins pu prendre de la hauteur et admirer la vue sur l'Espagne. Vu l'heure, je décide donc de revenir à la dernière intersection pour prendre la HRP, dans le bon sens cette fois, pour aller à Amélie-les-bains. La descente commence dans des débris végétaux, il semble que les fougères aient été débroussaillées. Ce n'est pas très agréable car même si cela a rendu le sol souple, de nombreux petits débris s'invitent dans les chaussures... Puis l'étape, bien que "facile", commence à être un peu longue à mon goût : j'ai de plus en plus chaud, mal aux pieds et aux points d'appui du sac à dos. La végétation méditerranéenne vaut quand même la balade, et contraste avec la pineraie de ce matin. C'est donc encore une fois épuisée que j'arrive à Amélie-les-Bains à 16h. Je m'accorde donc un petit plaisir : un bon sirop et une bonne glace en terrasse ! Il fait une trentaine de degrés ici. Vivement la reprise d'altitude ! Je vais ensuite me rafraîchir et détendre mes jambes dans le Tech.

HRP Amélie-les-Bains
Amélie-les-Bains

Étape 4 : Amélie-les-Bains - Batère

"Des chiens, un bon bain"



Etape 4 Trans'pyr Amélie-les-Bains - Batère
Canigou et tour de Batère
Aujourd'hui, une courte étape qui me permettra de récupérer (et de me préparer pour celle de demain). Par courte, le livre entend 5h10 de temps effectif de marche. Le dénivelé n'est quand à lui pas négligeable (1280m D+) mais il ne me pose pas vraiment de difficulté. En revanche, la chaleur en partant d'Amélie est assez pénible. J'ai heureusement pris suffisamment d'eau et en reprends à Montbolo, où j'arrive au bout d'une heure à couper les lacets de la route qui surplombe Amélie-les-Bains. Il y a beaucoup de piste par la suite, ce que je n'apprécie pas trop, mais l'idée de la courte journée compense ce point négatif. La marche sur sentier reprend ensuite peu après le col de la Redoute pour monter raide jusqu'à la crête, et rejoindre les ruines de Formantère. A cet endroit je peux me retourner et profiter de la vue sur le chemin parcouru jusqu'à présent. Une piste me conduit enfin à la tour de Batère, signe de mon arrivée imminente.


Tour Canigou
La tour de Batère
 A 2 km de l'arrivée, des petits cris attirent mon attention : c'était bien une mésange huppée, cette espèce si jolie que je ne croise qu'en montagne. J'adore observer les oiseaux, ce qui peut me faire perdre pas mal de temps en randonnée. Pour cette traversée, j'ai décidé de ne pas m'y attarder. Cette petite mésange est une exception, en somme. Juste avant d'arriver, j'entends des cailles des blés cachées dans les pâtures, grâce à leur cri très typique. 
J'arrive donc au refuge de bonne heure, et y rencontre  plein de personnes sympa et une adorable portée de border collies !
Je les trouve étonnamment calmes pour de jeunes toutous, puis les vois finalement faire les fous une fois l'heure de la sieste terminée (ben oui, je suis arrivée vers 14h !).
Je discute avec mes compagnons de refuge sur la terrasse. Il est très facile d'établir la conversation, on sort ses cartes, on demande qui fait quoi (ou plutôt qui va où et d'où viennent-ils)... Je rencontre ainsi un jeune couple qui termine sa traversée par le GR10 en autonomie. Ils ont leur tente et j'admire les gens qui avancent aussi chargés.La fille a les même chaussures que moi, ce qui est plutôt rassurant, je dois donc être bien équipée... sauf que GR10 et HRP, c'est un peu différent. Mes chaussures sont peut-être un peu trop souples pour la caillasse qui m'attend.


Jeu jeunes border collies
L'adorable portée de Border Collies
Mais l'inquiétude du moment n'est pas là : demain, le livre indique 10h de marche jusqu'au refuge de Mariailles en passant par le Canigou. J'ai vraiment peur de cette distance, vu comme mes pieds me font mal en ce début de traversée (même si ça allait un peu mieux aujourd'hui). Je ne me prive pas de le faire entendre, ouverte à tout avis ou conseil. C'est alors que le très sympathique gardien m'annonce que son collègue, un jeune saisonnier, part demain vers le Canigou en passant par les crêtes (non balisées) du Roc Negre. Je saute alors sur l'occasion : j'avais en effet cherché un raccourci sur cette voie, mais la peur d'aller toute seule sur un itinéraire non balisé sans les indications d'un livre m'avait découragée. Je suis donc ravie, je partirai donc à 6h (gloups) et gagnerai sans doute 2h de marche sur les 10 ! Par ailleurs, je recommande chaudement le gîte de Batère, où l'équipe est vraiment adorable et où vous pourrez bénéficier d'un bain d'eau chaude en plein air !

Paysage crépuscule Pyrénées orientales
Crépuscule et pleine lune depuis les mines de Batère


Étape 5 : Batère - Mariailles

"Journée au top"



Lever de soleil sur mer de nuages
Mer de nuages depuis Cincreus
Aujourd'hui, je me lève donc en vitesse pour être prête à 6h et pouvoir suivre Cho, le saisonnier. Il a fait une douceur incroyable toute la nuit, le départ aux aurores n'est donc pas désagréable. On aperçoit les premières lueurs du jour, un beau lever de soleil nous attend là-haut. Nous disons au-revoir aux chiens qui nous font la fête et attaquons tout de suite la grimpette. Cela monte bien raide mais je suis en forme. Dommage que je sois si chargée, entre le panier pique-nique et le reste. Notre itinéraire alternatif : le col de la Cirère, Le pic Gallinas, la serra del Roc Negre et enfin le pic du Roc Negre. Ensuite il faut descendre vers le nord pour rejoindre le GR10. En attendant, nous nous élevons au-dessus d'une superbe mer de nuages, éclairée par une belle lumière, et profitons du spectacle. Nous poursuivons sur la crête, vraiment pas fréquentée (nous n'avons aperçu que deux randonneurs au loin). La vue est magnifique, j'adore emprunter les sentiers de crêtes et rester le plus en hauteur possible !

 
Roc Negre Pyrénées catalanes
Le Canigou depuis le Roc Negre
Au bout d'un moment, les premiers izards de ma traversée se montrent ! Nous apercevons bientôt le Roc Negre, où il faut mettre un peu les mains pour accéder au sommet. Pour monter, pas de soucis mais la descente s'avère très compliquée. Nous sommes chargés et le sol est très inhospitalier, entre les blocs et la caillasse sur la pente très raide, puis carrément l'éboulis. Cho joue les héros en prenant mon sac, mais s'ouvre légèrement la main en se rattrapant sur une pière tranchante. Heureusement, j'ai ma petite pharmacie. Nous arrivons enfin aux gourgs du Cadi, ces petits étangs où nous nous arrêtons enfin pour manger. Dans mon panier pique-nique, je découvre une barre de céréales faite maison. Quelle gentille attention ! Cho part ensuite de son côté pour l'ascension de la cheminée du Canigou, et moi du mien en descendant vers Mariailles. Pas de regrets d'avoir feinté le Canigou, car, habituée aux randos en Pyrénées catalanes, je l'ai déjà gravi 2 fois.


Gypaète barbu survolant Mariailles
Gypaète barbu et son os !
La descente est tranquille, je croise beaucoup plus de monde maintenant que je suis revenue sur le GR. Cette grosse journée s'est bien passée, elle a quand même été longue (8h de marche environ) mais je n'ai plus trop mal aux pieds. J'arrive donc ravie à Mariailles. Malgré le passage difficile de la descente du Roc Negre, j'ai profité d'un magnifique parcours de crête, toujours sous le soleil, j'ai vu des izards, un lever de soleil sur une superbe mer de nuages... La journée parfaite ! Je sors mon appareil pour photographier le refuge, quand soudain... Un gypaète barbu passe juste au-dessus de moi, à basse altitude et portant dans ses serres un bel os ! Wahou ! Rien ne peut plus m'enlever mon sourire (jusqu'aux oreilles). C'est ma meilleure observation de gypaète et celui-ci a eu la délicatesse d'attendre que je sorte mon appareil pour faire son apparition.


La journée parfaite continue au refuge où l'accueil est super : je déguste une délicieuse bière artisanale locale, rencontre plein de randonneurs sympa, et termine la soirée avec une victoire au scrabble.

Refuge étape 5 HRP GR10
Le refuge de Mariailles

Étape 6 : Mariailles - Ull de Ter

"En compagnie des traquets"



Tour Canigou étape HRP
En arrivant au Pla Guillem
Hier, j'ai fait la connaissance de plusieurs personnes très sympa au refuge de Mariailles. J'ai tout d'abord rencontré deux amies catalanes avec qui j'ai papoté. Mon espagnol finirait presque par se rouiller, sans ces rencontres pyrénéennes ! Ces dames font le tour du Canigou en 5 jours. Puis j'ai parlé avec une famille Romeu-fontaine, et enfin j'ai trouvé deux (très) semblables : ils sont aussi toulousains et réalisent aussi la HRP dans le même sens que moi ! Ils ont chacun leur tente, mais l'un d'eux est bien mieux équipé, il fait presque de la MUL, avec son super matos lui permettant une autonomie complète ! Ce matin, c'est en compagnie du deuxième que je démarre. J'avance légèrement plus vite que lui, il n'est pas en forme aujourd'hui. En ce qui me concerne, je me sens au contraire pleine d'énergie ce matin. Est-ce l'effet de l'isostar ? Mystère... Toujours est-il que je finis par le devancer, montant comme une flèche jusqu'au Pla Guillem, jusqu'à retrouver les deux catalanes que je dépasse aussi après un chaleureux au revoir. Le nouveau paysage me fait penser aux steppes d'une contrée lointaine...


Affleurements calcaires Pyrénées catalanes
 Affleurements calcaires sur la crête
Me voilà à nouveau au plus haut, sur la crête frontière. Rapidement, ce paysage original devient très calcaire, et prouve bien qu'une seule étape de HRP est suffisante pour être dépaysé. Après avoir observé un accenteur mouchet, et mes premiers bec-croisés de mon voyage, je me retrouve quasi-continuellement en compagnie des traquets motteux. Ils guettent les intrus, inquiets pour leurs nids, et font résonner inlassablement leur "tchak" caractéristique. La marche se fait maintenant sur une piste agréable et plutôt plate. Comme depuis le début de l'aventure, la dimension "performance" est très présente en moi et je jette régulièrement des coups d'oeil à mon avancée, espérant être plus rapide que ne le prévoit mon guide. Cela ne m'empêche pas de profiter de mes randos journalières, c'est même stimulant. Résultat : je marche à un rythme assez rapide, mais j'ai plus de temps pour récupérer dans chaque refuge. Au bout de 6 jours, je me sens bien ainsi.


Le prince des pierriers
J'étais pour l'instant seule sur la crête, mais un bel isard surgit de derrière les blocs calcaires. Le beau caprin des montagnes me toise depuis son refuge en hauteur, où il sent bien qu'il est en sécurité. Il reste donc à très bonne distance pour faire une belle photo ! J'informe de sa présence un randonneur que je croise juste après, espérant qu'il fera lui aussi une belle observation. Je continue ma route, seule avec la nature, en parfaite harmonie. J'approche alors de lieux plus familiers : le Roc Colom est juste devant moi. Après après avoir contourné ce sommet où je vins un jour traquer (avec succès) le Gypaète, j'arrive sur le Pla de la Coma Armada, où je vois un groupe de randonneurs en pleine pause. Je suis toujours assez rassurée de voir un minimum de monde sur mes itinéraires. Juste après les avoir dépassés, mon regard se tourne vers le ciel. Il est 13h30, et en regardant en direction de la Carança, je me m'inquiète : "Tiens, on dirait de la pluie là-bas."


Pluie pyrénées catalanes
Pla de la Coma Armada et pluie sur Mantet
A la seconde qui suit, j'entends gronder au-dessus de moi. Je frissonne. Se trouver sur les crêtes par temps orageux, une bien mauvaise idée... Je me presse mais constate alors rapidement que le front arrivant du Sud m'a déjà dépassé (je suis en plein soleil) et se dirige vers les vallées de Py et Mantet, où il risque plus de sévir. L'arrivée à Ull de Ter se fait donc sans encombre. Pas de difficultés techniques, pas d'orientation, une journée tranquille en somme. Au refuge, il y a du monde, mais quasiment que des catalans. Je comprends globalement cette langue et parle espagnol, mais ils sont déjà tous en groupe, chacun à des tables différentes, ce qui n'encourage pas à lancer des discussions. Certains jouent aux dés, aux dominos. Je pars manger dans mon coin en me disant que je vais passer la soirée sans me sociabiliser, mais alors que je tente de me servir (un peu laborieusement) de mon réchaud pour la première fois, un espagnol vient à mon secours et nous discutons. Espagnol... Mais non, il est allemand ! Il a en fait grandi à Porto Rico, d'où sa maîtrise de la langue. Puis je motive un espagnol qui mangeait également en autonomie pour faire un jeu. Déception : il n'y a pas grand chose d'autre que les dominos et les petits chevaux. Je gagne donc les 3 parties à coups de bêtes jets de dés. Et bien, je suis contente qu'il y ait des jeux, mais je préfère nos références françaises !
Je n'ai pas revu mon compère toulousain depuis ce matin, il voulait pourtant camper près du refuge... Je suis un peu inquiète après l'épisode d'orage, même s'il ne s'est pas abattu sur les crêtes visiblement.



Étape 7 : Ull de Ter - Eyne

"Sprint vers mon père"



HRP Col de la Marrana
Bientôt la pause en Cerdagne...
Et voilà, c'est déjà mon 7e jour de marche qui commence. Demain, ce sera repos. En effet, ma famille ayant une résidence secondaire à Font-Romeu, j'avais prévu d'en profiter pour y faire une halte après une semaine non stop. Je me disais que c'était un délai raisonnable pour une première pause. Mais Font-Romeu se situant à mi-chemin entre les deux points de chute de l'étape suivante (Eyne et les Bouillouses), je vais profiter de la présence de mon père et de sa voiture pour "shunter" cette prochaine étape et démarrer directement des Bouillouses dans deux jours. De toute façon, je connais très bien la Cerdagne, j'y randonne depuis petite. Ce n'est pas de la triche donc (Tentative d'auto-persuasion...) !


Pyrénées catalanes
Côté espagnol
Je pars d'Ull de Ter avec un temps frais et venteux. Je troque donc rapidement ma polaire contre mon imperméable. L'accès au refuge étant facilité par la route pour la station de ski, je ne suis pas du tout seule au départ de cette journée. Cela n'empêche pas un grand troupeau d'isard de se montrer en contre-haut. Je marche et discute un peu avec trois catalans, qui ont l'amabilité de me prendre en photo. En revanche, malgré mes réponses en castillan, ils s'obstinent à me parler en catalan ! Heureusement que je comprends à peu près. Nous montons et le vent se fait de plus en plus sentir, je suis vraiment poussée dans les cols. Quelques gouttes menacent également. Cette fois-ci c'est polaire + imperméable, j'ai vraiment froid sans les deux.


Etangs vallée Carança
Estany Blau et Estany Negre
Je m'agace de ce vent qui empêche ma capuche de tenir en place et fait valser des mèches de cheveux dans mon visage. Difficile de profiter du parcours de crête cette fois-ci. Un jour sur 7 de mauvais temps, ça n'est pas si mal mais je presse le pas pour arriver le plus vite possible en vallée d'Eyne, plus à l'abri je l'espère. Après le franchissement du col de Noucreus (ainsi nommé en raison des neufs croix qui y sont érigées) et du pic de Noufonts, je me permets même de courir en descente car le sentier le permet. J'ai tout de même pu observer deux accenteurs alpins, c'est la première fois que je les identifie formellement. Je grignote au col d'Eyne pour ne pas m'y attarder malgré la faim, et pique-nique une fois à l'abri dans la vallée d'Eyne. Les gouttes se font un peu plus nombreuses et plus grosses, mais il ne pleut toujours pas pour de bon. Je continue à descendre vers Eyne, très en avance à force d'avoir accéléré le pas.


HRP Crête Eyne
En arrivant au col d'Eyne
Je vois une marmotte, comme souvent en vallée d'Eyne, et la pluie démarre pour de bon juste quand j'arrive en forêt. Le timing est parfait, je suis à l'abri. Soudain, au détour d'un virage, un homme à l'air un peu fou avance en faisant "l'avion"... C'est mon père, ce blagueur, qui a marché 20 min pour venir à ma rencontre avant de me conduire d'Eyne à Font-Romeu ! J'ai longtemps pensé à ce moment durant cette première semaine. Je suis contente de le retrouver, mais en fait, je commence à me demander si j'ai vraiment besoin de cette pause : je me sens en pleine forme !